Tout ça m'exaspère. J'attrapais mon sac à dos histoire de repartir comme j'étais venue, avec ma gueule bouffie et mon air de vieille folle revêche. Il ne fit même pas un geste pour me retenir : j'avais bien compris qu'il voulait que je lui fiche la paix.
C'est vrai que j'étais souvent derrière ses moindres gestes à ce moment là. J'épiais un peu tout ce qui venait de lui ainsi que tout ce qui pouvait lui être remis, un mail, une toute petite augmentation ("t'as couché avec ta chef pour qu'elle te file 50 euros de plus ?"), même la tarte aux pommes confectionnée par la voisine veuve cinquantenaire me paraissait suspecte.
Toujours est-il que cette fois-ci, il semblait vraiment en colère. C'est vrai que je n'avais pas été très sage. J'avais disparu pendant des semaines entières auparavant, traînant un peu dans tous les caniveaux ma tristesse et ma douleur. J'étais souvent ivre et les flics m'avaient beaucoup ramenée chez papa ces temps-ci, plus par pitié que par devoir. Ils mataient sous ma jupe alors que je dégueulais mes tripes imbibées d'alcool sur le siège arrière.Je leur racontais dans mon ébriété, maman, son suicide, les cris, le sang, gigotant comme une poule en détresse, mélangeant vomi et larmes sur le cuir beigeasse.
Papa m'attendais souvent dans la cuisine, un verre d'eau à la main : il me parlait, désirant suciter chez moi un quelconque déclic qui pourrait m'amener à redescendre sur terre. Je lisais l'angoisse et l'immense chagrin dans ses yeux, mais j'étais incapable de réagir autrement à la disparition de ma mère. Je m'étais construit un mur définitif, la dure réalité ne devait plus jamais m'atteindre, par quelque détour que ce soit. Papa attendait des explications, des confidences, peut-être du soutien, je lui servais des reproches amers et injustifiés, lui inventant des aventures et des maîtresses à tous les coins de rue.
Je m'excitais, cachais ma misère dans l'alcool, les fêtes et l'oubli de moi-même.
Quand je me fus enfuie encore une fois, sans qu'il eut rien fait pour m'en empêcher, je me retrouvais dans la rue, ruminant ma colère.J'étais devenue complètement cinglée.
La solution s'imposa alors d'elle-même.
C'est vrai que j'étais souvent derrière ses moindres gestes à ce moment là. J'épiais un peu tout ce qui venait de lui ainsi que tout ce qui pouvait lui être remis, un mail, une toute petite augmentation ("t'as couché avec ta chef pour qu'elle te file 50 euros de plus ?"), même la tarte aux pommes confectionnée par la voisine veuve cinquantenaire me paraissait suspecte.
Toujours est-il que cette fois-ci, il semblait vraiment en colère. C'est vrai que je n'avais pas été très sage. J'avais disparu pendant des semaines entières auparavant, traînant un peu dans tous les caniveaux ma tristesse et ma douleur. J'étais souvent ivre et les flics m'avaient beaucoup ramenée chez papa ces temps-ci, plus par pitié que par devoir. Ils mataient sous ma jupe alors que je dégueulais mes tripes imbibées d'alcool sur le siège arrière.Je leur racontais dans mon ébriété, maman, son suicide, les cris, le sang, gigotant comme une poule en détresse, mélangeant vomi et larmes sur le cuir beigeasse.
Papa m'attendais souvent dans la cuisine, un verre d'eau à la main : il me parlait, désirant suciter chez moi un quelconque déclic qui pourrait m'amener à redescendre sur terre. Je lisais l'angoisse et l'immense chagrin dans ses yeux, mais j'étais incapable de réagir autrement à la disparition de ma mère. Je m'étais construit un mur définitif, la dure réalité ne devait plus jamais m'atteindre, par quelque détour que ce soit. Papa attendait des explications, des confidences, peut-être du soutien, je lui servais des reproches amers et injustifiés, lui inventant des aventures et des maîtresses à tous les coins de rue.
Je m'excitais, cachais ma misère dans l'alcool, les fêtes et l'oubli de moi-même.
Quand je me fus enfuie encore une fois, sans qu'il eut rien fait pour m'en empêcher, je me retrouvais dans la rue, ruminant ma colère.J'étais devenue complètement cinglée.
La solution s'imposa alors d'elle-même.




